Action, Corée du Sud, Drame, Thriller

POONGSAN (2011) ★★★☆☆


Poongsan (2011)

 

Un homme traverse régulièrement la frontière entre la Corée du Nord et du Sud pour livrer des messages aux familles séparées par le conflit militaro-politique.

 

 

« Pungsangae » (풍산개), ou « Poongsan » pour la distribution internationale, est un thriller d’action sud-coréen datant de 2011, réalisé par Juhn Jai-hong, à qui l’on doit également « Beautiful » (2008). Les acteurs principaux sont Yoon Kye-sang, qu’on a pu voir dans « Golden Slumber » (2018), Kim Gyu-ri, qu’on a pu voir dans « Portrait of a Beauty » (2008), Kim Jong-soo, qu’on a pu voir dans « Asura: The City of Madness » (2016), et Choi Moo-sung, qu’on a pu voir dans « The Berlin File » (2013).

L’histoire proposée par « Poongsan » nous invite à suivre un homme sans nom (Yoon Kye-sang), connu simplement sous le pseudonyme de Poongsan, de la marque de cigarettes nord-coréenne qu’il fume. Il fait régulièrement la navette entre la Corée du Sud et du Nord, en traversant la DMZ (de l’anglais demilitarized zone), une zone tampon entre les deux pays, hautement surveillée de part et d’autre. Il véhicule des messages et des objets souvenirs aux familles séparées. Personne ne sait s’il est du Nord ou du Sud, mais ses capacités laissent entendre qu’il est parfaitement entraîné. Un jour, il est contacté par des agents du gouvernement sud-coréen afin de ramener In-ok (Kim Gyu-ri), la compagne d’un transfuge nord-coréen de haut rang. Les choses prennent une tournure inattendue lorsque Poongsan tombe amoureux de la jeune femme, mais leur romance est fortement mise en péril…

De sa scène d’ouverture touchante à sa conclusion dramatique, « Poongsan » raconte le conflit Nord/Sud avec un ton nihiliste qui ne faiblit jamais tout au long de son développement. Cette tragédie d’après-guerre est écrite par Kim Ki-duk qui nous a quitté le 11 décembre dernier, et dirigée par Juhn Jai-hong, son ancien assistant-réalisateur. Ensemble, ils ont sculpté un film idéologiquement chargé qui progressivement abandonne l’espoir. Le ton est profondément sombre et l’ambiance est tragique. La violence est physique mais également psychologique alors que l’amour ne semble pas pouvoir s’exprimer.

Le principal protagoniste de ce récit funeste est non seulement sans nom, mais également sans voix. Habilement joué par Yoon Kye-sang, il ne parle pas et n’est pas sans rappeler le muet de « 3-Iron » d’un certain Kim Ki-duk. Ses motivations et son origine sont mystérieuses. L’acteur incarne un messager autoproclamé qui reçoit et livre des messages personnels en traversant la DMZ coréenne. Les compétences qu’il possède pour réaliser cet exploit sont à la limite d’être surhumaines. On peut même se demander si elles ne sont pas transcendantes. Est-ce qu’il n’y aurait pas une démarche de rédemption dans cette attitude, visant à purger un passé chargé et/ou tumultueux ? Mais ce n’est là qu’une des nombreuses manifestations symboliques que l’on peut relever dans le métrage.

Avec le recul, on se rend compte que la tragédie se trouve non seulement dans le récit présenté mais également dans la déclaration idéologique du film. Lorsque Poongsan revient du Nord avec In-ok (Kim Gyu-ri), il se fait piéger entre les deux Corées, toujours opposées dans cette approche d’espionnage particulière qui habite les relations entre ces deux pays. Une thématique que Kim Ki-duk, le scénariste, a également développée dans son film « The Net » paru en 2016, et diffusé en France sous le titre de « Entre deux rives« . Arrêté tour à tour par des forces du Sud puis du Nord, violenté, torturé, et chargé d’une odieuse mission qui revêt la forme d’un odieux chantage, il est finalement et tragiquement coréen dans tous les sens du terme sans réelle appartenance à un clan plutôt qu’un autre.

Le film présente des idées et des notions qui ont déjà été exprimées dans le cinéma sud-coréen. L’unification de la Corée et les limites qui unissent ces deux nations. Bien que le métrage puisse capter les pensées du spectateur, le film est assez faible visuellement. Le rythme est cohérent, et même palpitant par endroit, mais la photographie proposée par Lee Jeong-in est malingre. Comme souvent, les films que l’on peut attribuer à Kim Ki-duk disposent d’un faible budget, et cela se voit à l’écran. Les scènes d’action sont quelque peu basiques et répétitives. La bande originale orchestrée par Park In-young est discrète et sans saveur. Le montage présenté par Shin Cheol abouti à un métrage de 121 minutes qui restent suffisamment captivantes pour ne pas décrocher.

En conclusion, « Poongsan » est un bon thriller d’action disposant d’une histoire sombre, d’une intrigue à plusieurs niveaux de lecture et d’un développement un peu faible. Le rythme est modéré avec une atmosphère sinistre, le récit est fluide et la narration est linéaire. La photographie est pauvre, la bande musicale manque de relief et le montage est correct. La distribution offre de bonnes prestations, cependant dominées par la performance de Yoon Kye-sang. Un film qui invite à la réflexion qui ravira les fans du regretté Kim Ki-duk et qui peut s’avérer être une bonne porte d’entrée pour ceux désirant ouvrir la porte de la vision singulière de ce cinéaste…

 

 

 

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À propos de Olivier Demangeon

Rédacteur sur critiksmoviz.com, un blog dédié aux critiques de films.

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