Corée du Sud, Drame, Historique

MAL-MO-E: THE SECRET MISSION (2019) ★★★★✭


MAL-MO-E - The Secret Mission (2018)

 

Pendant l’occupation japonaise, des hommes bataillent dans l’ombre pour compiler le premier dictionnaire de langue coréenne…

 

 

« Mal-mo-i » (말모이), ou « Mal-Mo-E: The Secret Mission » pour la distribution internationale, est un film historique dramatique sud-coréen datant de 2019, écrit et réalisé par Eom Yu-na qui signe ici son premier long-métrage. Les acteurs principaux sont Yoo Hae-jin, qu’on a pu voir dans « The Battle: Roar to Victory » (2019), Yoon Kye-sang, qu’on a pu voir dans « Golden Slumber » (2018), Kim Hong-pa, qu’on a pu voir dans « The Man Standing Next » (2020), Woo Hyun, qu’on a pu voir dans « 1987: When the Day Comes » (2017), Kim Tae-hoon, qu’on a pu voir dans « The Long Way Home » (2015), et Kim Sun-young, qu’on a pu voir dans « Miss Baek » (2018). Ce métrage est paru en salles coréennes le 9 janvier 2019.

L’histoire proposée par « Mal-Mo-E: The Secret Mission » nous plonge dans la Corée de 1941 alors sous occupation nippone depuis des décennies. La langue coréenne est prohibée par les autorités japonaises, et il n’est plus autorisé d’enseigner ni de parler la langue autochtone. En outre, les gens, tout comme les élèves sont violemment invités à adopter des noms japonais. La langue coréenne s’en retrouve fortement menacée. C’est dans ce contexte que Ryu Jung-hwan (Yoon Kye-sang), meneur de la Korean Language Society œuvre avec une petite équipe afin d’élaborer un dictionnaire coréen dans le but de préserver l’identité coréenne du pays. Alors qu’il revient d’un voyage en train, Jung-hwan se fait voler un sac contenant des pages du dictionnaire. Le voleur n’est autre que Kim Pan-soo (Yoo Hae-jin), qui vient tout juste de perdre son emploi. Cependant, après une course-poursuite, Jung-hwan récupère ses documents et de fil en aiguille, il engage Pan-soo pour divers services. Ce dernier est de plus en plus impliqué dans l’œuvre du groupe d’étude et en profite pour apprendre à lire et à écrire. Dans le même temps, les autorités japonaises cherchent par tous les moyens à empêcher le projet du dictionnaire coréen, et se rapprochent de plus en plus de Jung-hwan, de Pan-soo et de leurs camarades.

Dans la catégorie des films historiques, il faut différencier les films que l’on pourrait qualifier d’époque, majoritairement ceux qui installent le récit durant l’ère Joseon (1392 à 1910), de ceux qui nous emmènent dans une période plus récente. « Mal-Mo-E: The Secret Mission » s’inscrit dans cette deuxième catégorie. En effet, l’histoire se déroule durant une période qu’on peut nommer Empire du Japon, courant de 1968 à 1947. Ceci étant dit, à la lecture du synopsis, on peut se dire que le sujet n’a guère besoin d’être pris au sérieux. Les fans de cinéma coréen pourraient même se risquer à le positionner dans le même registre que le métrage « Assassination » paru en 2015 et réalisé par Choi Dong-hoon, qui, dans une certaine mesure, dépeint également une image de la Corée où une majorité d’individus vendent leur âme aux Japonais. Dans ce « Mal-Mo-E » cela se passe à une échelle nettement plus modeste, car il ne s’agit « que » de la langue et de ses dialectes. Cependant, la réalisatrice, Eom Yu-na, qui endosse également la casquette de scénariste, parvient à mettre en évidence ce que les linguistes autres ethnologues savent pertinemment : la langue reflète notre culture et notre identité nationale. Le film souligne cette idée de manière évidente et le développement du récit permet aux spectateurs de se rendre compte que les universitaires sont les héros de cette histoire.

Il y a une belle diversité de personnages, mais, cela conduit à un autre aspect du film. Qui est réellement le héros de l’histoire ? Mieux encore, y en a t’il seulement un ? Sur le plan émotionnel, le personnage incarné par Yoo Hae-jin demeure le levier des vicissitudes du récit. L’acteur était souvent employé pour assurer les rôles de soutien, et fréquemment pour amener la touche de comédie. Ces derniers temps, on le voit prendre de l’ampleur dans l’importance de ses personnages. « The Battle: Roar to Victory » (2019) l’avait déjà vu venir sur le devant de la scène. Dans ce « Mal-Mo-E: The Secret Mission » il amène également cette pointe d’humour, tout en ayant de belles scènes émotionnelles. Pour lui donner la réplique, on lui oppose Yoon Kye-sang qui incarne un universitaire aux idéaux irréfragables. Mais ce personnage fait partie d’un ensemble de linguistes qui peuvent tous être considérés comme des héros. Le développement installé par la réalisatrice permet aux personnages de soutien d’avoir un temps suffisant à l’écran afin qu’ils ne représentent pas seulement des éléments de remplissage.

Lorsque l’on prend conscience de la durée du métrage, soit 135 minutes, certains risquent de s’attendre à certaines longueurs. Il n’en ait rien. Au contraire, le métrage se caractérise par un rythme plutôt élevé, même si on peut considérer, à tort, que la collecte de mots, peut se présenter comme quelque chose d’ennuyeux. Mais Eom Yu-na offre un scénario d’une grande qualité. Rappelons au passage qu’elle avait déjà signé le script de l’excellent de « A Taxi Driver » de Jang Hoon, paru en 2017, avec Song Kang-ho dans le rôle principal. Les personnages et le destin de leur histoire émettent une certaine chaleur et finalement, brossent, en quelque sorte, le tableau d’une famille où chaque membre prend soin de l’autre.

En conclusion, « Mal-Mo-E: The Secret Mission » est un très bon film historique disposant d’une histoire originale, d’une intrigue captivante et d’un développement maîtrisé. Le rythme est plutôt soutenu, sans temps mort, le récit est fluide et la narration est linéaire. La photographie délivrée par Choi Young-hwan est irréprochable, développant un univers d’oppression et de pauvreté. Les décors, les véhicules et les costumes et l’ambiance poussiéreuse par endroit permettent pleinement de s’immerger dans l’univers des différents personnages. La bande originale signée Jo Yeong-wook, maître de l’exercice depuis 1997, vient parfaitement souligner le climat de l’histoire. Enfin, le montage orchestré par Kim Sang-bum, autre maître dans sa catégorie, permet de rester pleinement capté par le récit malgré la longueur du film. La distribution offre de très bonnes prestations, et les acteurs de soutien disposent d’un temps de jeu plus que satisfaisant. Ma préférence étant allée à Yoo Hae-jin, qui amène à la fois de l’humour et de l’émotion. L’ensemble permet de réfléchir aux différentes formes que peuvent prendre le patriotisme, le courage et le sacrifice. Un film à voir sans hésiter !

 

 

 

 

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À propos de Olivier Demangeon

Rédacteur sur critiksmoviz.com, un blog dédié aux critiques de films.

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