Corée du Sud, Drame, Historique

THE KING’S LETTERS (2019) ★★★★☆


Le Roi Sejong désire créer un alphabet simple et facile à utiliser, pour le peuple, qui ne dispose que d’un alphabet chinois difficile et réservé aux érudits. Avec l’aide de moines bouddhistes, il va tenter de créer l’alphabet coréen, le Hangul, malgré l’opposition des ministres de sa Cour…

« Naranmalssami » (나랏말싸미), ou « The King’s Letters » est un film historique sud-coréen datant de 2019, co-écrit et réalisé par Jo Chul-hyun, à qui l’on doit également « Mood of the Day » (2015). Les acteurs principaux sont Song Kang-ho, qu’on a pu voir dans « The Face Reader » (2013), Park Hae-il, qu’on a pu voir dans « The Fortress » (2017), Jeon Mi-sun, qu’on a pu voir dans « Hide and Seek » (2013), Kim Jun-han, qu’on a pu voir dans « Beasts Clawing at Straws » (2018), et Cha Rae-hyung, qu’on a pu voir dans « Svaha: The Sixth Finger » (2019). Ce métrage est paru en salles coréennes le 24 juillet 2019. 

L’histoire proposée par « The King’s Letters » nous invite à suivre le Roi Sejong (Song Kang-ho), au milieu du XVe siècle en Corée, qui souhaite créer un système d’écriture simple afin que la population puisse s’alphabétiser. Jusqu’à présent, le royaume de Joseon utilisait les caractères chinois. Le Roi va faire appel au moine bouddhiste Shinmi (Park Hae-il), et à ses compagnons pour développer un nouvel alphabet. Les moines ont des connaissances uniques en raison de leur connaissance du sanskrit et d’autres langues qui utilisent des systèmes d’écriture phonétique. Le Roi Sejong promet de construire un temple bouddhiste en pleine capitale si les moines parviennent à faire aboutir son projet. 

La reine Soheon (Jeon Mi-sun), qui secrètement est bouddhiste, accueille les moines dans sa section du palais. En raison des tensions entre bouddhistes et les confucéens dominants, les serviteurs sont tenus au secret et les moines sont déguisés en eunuques de la Cour. Le difficile projet aggrave la santé fragile du Roi Sejong, car il souffre de diabète. Il perd progressivement la vue et est exhorté par ses médecins d’éviter le stress. Le Roi Sejong s’installe dans une station thermale dans les montagnes. Dans ce lieu reculé, il reçoit simultanément des soins et supervise le travail des moines. Ils complètent bientôt le système d’écriture. Cependant, le Roi Sejong doit retourner au palais pour affronter sa Cour qui veut conserver le pouvoir et rester en bons termes avec la Chine qui verrait d’un mauvais œil cette manière de s’affranchir de leur autorité…

Une nouvelle fois, avec « The King’s Letters » on bascule dans l’époque Joseon, faisant tout logiquement de ce métrage, un film historique. Une nouvelle fois, il nous fait observer les intrigues de la Cour et autres manœuvres visant à toujours garder le pouvoir et/ou ses intérêts. Dans le cas présent, la maîtrise de la lecture offrait aux dignitaires de haut rang un certain pouvoir sur le peuple. L’accès à l’éducation était un privilège, la majorité des documents étant rédigés en écriture chinoise. Le Roi Sejong, dont il était déjà question dans « Forbidden Dream » qui dépeignait l’intérêt que nourrissait ce Roi pour les sciences. Dans le cas présent, le Roi Sejong est obligé de développer son projet d’écriture simplifiée dans le secret afin d’éviter de voir la Cour essayer de lui mettre des bâtons dans les roues. C’est du côté des moines bouddhistes, véritables érudits pour certains, que viendra la solution. 

Du côté des personnages, c’est bien évidemment le Roi Sejong qui est au cœur de l’intrigue. Incarné avec justesse par  Song Kang-ho (The Face Reader), on le voit progressivement décliner en raison de sa maladie, et même baisser les bras dans la dernière partie, jusqu’à ce que la reine en personne vienne lui apporter les mots qui le remotiveront. Un roi qui aura laissé une trace positive dans l’histoire, œuvrant souvent pour l’intérêt de son peuple. Pour l’aider dans sa tâche, le moine Sin-mi va lui prêter main forte. Interprété par Park Hae-il (The Last Princess), celui-ci est clairement motivé par l’idée de pouvoir enseigner le bouddhisme aux coréens alors que ces derniers sont sous domination confucéenne. Il devra cependant faire des concessions et finira par se laisser aspirer par l’objectif du Roi et son désir d’alphabétiser la société. Le seul rôle féminin de premier ordre est tenu par Jeon Mi-seon (Memories of Murder) pour l’incarnation de la Reine So-heon. Celle-ci finira par se laisser mourir face au renoncement du Roi et sa volonté d’abdication. 

D’une durée de 110 minutes, « The King’s Letters » se déploie sur un rythme lent, sans violence, se limitant à démontrer le processus de création de la nouvelle écriture et des difficultés techniques puis politique engendrées par cette innovation. Le film s’ouvre sur une procession visant à attirer la pluie sur le pays. Un rituel en chinois ce qui exaspère fortement le Roi Sejong. L’histoire se termine avec l’édition d’un ouvrage, le Hunminjeong’eum, visant à expliquer le mode de fonctionnement de la nouvelle écriture qui aboutira au Hangul actuel en Corée du Sud et au Chosŏn’gŭl en Corée du Nord. Le nœud de l’histoire est centré sur le travail des principaux protagonistes afin d’établir le nouveau mode d’écriture et sur les difficultés rencontrées. On peut ainsi prendre conscience du travail collectif et l’apport de chacun vers le résultat final. Les turpitudes politiques venant s’imbriquer par la suite. 

Du côté des valeurs de production, The King’s Letters amène son lot de points positifs. La photographie proposée par Kim Tae-kyeong (Hope / Voice of a Murder) est splendide. Les vues extérieures sont particulièrement belles, tout comme les décors et les costumes. Les quelques processions sont très bien reconstituées. La bande musicale orchestrée par Dalpalan (The Strangers / The Call / The Murderer) permet au spectateur de pleinement s’immerger dans l’histoire et vient agréablement souligner les quelques passages de tension et d’émotions. Le montage délivré par Kim Sang-bum (Old Boy / The Man from Nowhere / A Taxi Driver) permet de rester pleinement captivé par l’évolution du récit. 

En conclusion, « The King’s Letters » est un très bon film historique disposant d’une histoire originale, d’une intrigue convenable et d’un développement axé sur la création. Le rythme est modéré mais constant, le récit est fluide et la narration est linéaire. La photographie est somptueuse, la bande originale est agréable et le montage est engageant. La distribution offre de très bonnes prestations, dominées par les performances de Song Kang-ho et de Park Hae-il, qui s’opposent et se complètent alternativement. L’ensemble s’inscrit dans une lignée de films historiques venant nous faire découvrir des éléments fondateurs de ce qu’est la Corée d’aujourd’hui.

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À propos de Olivier Demangeon

Rédacteur sur critiksmoviz.com, un blog dédié aux critiques de films.

Discussion

Une réflexion sur “THE KING’S LETTERS (2019) ★★★★☆

  1. Un film d’une qualité rare ! Voilà pourquoi j’aime les films historiques, car, on voit tout de suite le travail de réalisation derrière. Déjà, on a affaire à des acteurs de marque ; après le succès du film Parasite, on retrouve Song Kang Ho en roi. Avec un visage paisible, il stresse de ne pas pouvoir entreprendre son idée de mettre en place ce nouvel alphabet. J’ai adoré la recherche et l’explication qui a amené à cet alphabet qui est utilisé encore aujourd’hui, le hangeul. Park Hae Il ainsi que les autres moines vont apporter leurs connaissances. Et enfin on peut voir Jeon Mi Seon, la défunte actrice que j’aimais beaucoup. La revoir fait un pincement au cœur. Même si le film n’a rien de très aventurier, ou de romanesque, on suit avec eux cette histoire et les efforts qu’ils entreprennent pour réaliser quelque chose d’incroyable. Un film à voir !

    Aimé par 1 personne

    Publié par Sandra | 09/07/2021, 14 02 26 07267

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