Mystère, Western

HIGH PLAINS DRIFTER (1973) ★★★✮☆


 

High Plains Drifter (1973)

 

 

Un inconnu se rend dans la petite ville de Lago et est embauché pour protéger les citadins de trois hors-la-loi fraîchement libérés de prison, en route pour régler leurs comptes avec les habitants de cette petite bourgade du sud-ouest américain.

 

 

« High Plains Drifter » est un western américain datant de 1973, dirigé par Clint Eastwood, à qui l’on doit également « Play Misty for Me » (1971). Les acteurs principaux sont Clint Eastwood, qu’on a pu voir dans « The Mule » (2018), Verna Bloom, qu’on a pu voir dans « After Hours » (1985), Marianna Hill, qu’on a pu voir dans « The Godfather Part II » (1974), Billy Curtis, qu’on a pu voir dans « Head Office » (1985), Mitchell Ryan, qu’on a pu voir dans « The Devil’s Own » (1997), et Geoffrey Lewis, qu’on a pu voir dans  » Double Impact » (1991). Ce film est paru le 6 avril 1973 aux Etats-Unis et le 25 août 1973 en France.

L’histoire proposée par « High Plains Drifter » nous invite à suivre un homme sans nom qui se matérialise dans la chaleur du désert. Il se rend dans la petite ville de Lago, où sa présence est rapidement considérée comme une menace par la population. Alors qu’il se fait raser chez le barbier, trois hommes viennent l’agresser, l’obligeant à les tuer. Dans la foulée, l’une des femmes de la petite ville, Callie Travers (Mariana Hill) le défie, il la traîne dans une grange et la viole. L’homme sans nom s’installe à l’hôtel et reçoit le soutien de Mordecai (Billy Curtis), le nain de la ville, qui est méprisé en ville en raison de sa taille. Pendant ce temps, le Conseil municipal débat sur la manière de gérer la menace imminente créée par un groupe de malfrats, qui sont sur le point d’être libérés après un an de prison. Ceux-ci ont clairement l’intention de revenir en ville pour se venger des habitants. Désespérés, les dirigeants de la ville s’approchent de l’homme sans nom et le supplient de sauver leur ville. Ce dernier accepte de les aider, et propose d’enseigner l’autodéfense en demandant toutes sortes de choses étranges aux habitants, notamment de peindre la ville en rouge et en la renommant « Enfer »…

Le scénario concocté par Ernest Tidyman (1928-1984), ce dernier étant essentiellement pour avoir « Shaft » (1971) et « The French Connection » (1971), offre des aspects nettement critiquables à la lumière actuelle. Toutefois, il est nécessaire de repositionner les choses dans leur contexte. D’une part, nous parlons d’un métrage qui a vu le jour au début des années 1970, il y a près d’un demi-siècle. D’autre part, l’histoire contée se déroule à la fin du 19e siècle à une époque où le respect de la vie ne valait pas grand-chose. À bien y regarder, « High Plains Drifter » n’est en réalité qu’un western sur le papier. Bien évidemment, il y a des chevaux, des cow-boys, des saloons, des tumbleweeds (qu’on appelle virevoltant, la partie hors du sol de certaines plantes qui, une fois mûre et sèche, se sépare de la racine ou de la tige avant de rouler sur le sol au gré du vent), mais avant tout une histoire de fantôme.

Deux décennies avant que Clint Eastwood ne remporte les Oscars du meilleur film et du meilleur réalisateur pour son retour au genre avec l’apologie crépusculaire « Unforgiven » (1992), il n’avait pas commencé à exprimer des regrets sur la violence du Far West où la règle était de tirer d’abord et de poser des questions plus tard. Ce n’était pas encore un sacrilège de tuer un homme. « High Plains Drifter » présente donc des meurtres, des viols, des actes de sadismes envers des personnes faibles. Reste que ce métrage est audacieux et étrange avec une forme de légèreté et de simplicité. Cela est peut-être dû au fait qu’en 1973, Clint Eastwood était encore en train de déterminer quel genre de réalisateur il voulait être. Voulait-il être un cinéaste dépouillé comme Don Siegel (1912-1991), ou un allégorique baroque comme Sergio Leone (1929-1989) ? Pour la petite histoire, le scénariste, Ernest Tidyman, a déclaré que son scénario est inspiré par la tristement célèbre affaire Kitty Genovese datant de 1964, où une femme de 28 ans du Queens a été poignardée et assassinée alors que ses voisins terrifiés auraient regardé par les fenêtres de leur appartement sans appeler à l’aide.

La séquence la plus accrocheuse et la plus connue du métrage se produit lorsque l’Homme sans nom, incarné par Clint Eastwood, ordonne aux habitants de la petite bourgade de repeindre toutes les maisons de la ville en rouge en attendant le retour des trois malfrats. Pendant ce temps, il prend un pinceau pour écrire HELL sur le panneau indiquant le nom de la ville à l’entrée de l’artère principale. Ces habitants veulent être protégés, mais il n’y a pas de salut possible pour eux. Ils sont déjà en enfer par leurs attitudes, leur non-interventions, leur esprit vénal et comploteur. Toutefois, ce sont les flashbacks du personnage incarné par Clint Eastwood sur le meurtre du Marshal Duncan qui sont les plus percutants et techniquement étourdissants grâce à la cinétique proposée par Bruce Surtees, le directeur de la photographie, et à la bande musicale psychédélique de Dee Barton, ainsi qu’à la décision de Clint Eastwood de choisir Buddy Van Horn (1928-2021), sa doublure cascade de longue date, avec qui il a une ressemblance physique, d’incarner le Marshal Jim Duncan. Il existe une polémique en France, car lors de la scène finale, l’Homme sans nom dit à Mordecai qu’il n’est autre que le frère du Marshal Duncan. Dans la version originale, l’Homme sans nom répond à la demande de Mordecai de lui indiquer son nom, qu’il le connaît, car il est entrain de la graver sur la tombe du Marshal Duncan, avant de s’éloigner sur son cheval dans la plaine surchauffée et de disparaître comme un fantôme.

En conclusion, « High Plains Drifter » est un très bon western disposant d’une histoire originale, d’une intrigue mystérieuse et d’un développement qui apparaît aujourd’hui comme classique. Le rythme est assez lent avec des pointes de vélocité, le récit est fluide et la narration fait appel à plusieurs flashbacks. La photographie est singulière avec des décors et des costumes marqués, la bande musicale est insolite et le montage présenté par Ferris Webster débouche sur un film d’une durée de 105 minutes. La distribution offre de bonnes prestations cependant dominées par la performance de Clint Eastwood dans un rôle peu loquace qu’il maîtrise parfaitement. L’ensemble se laisse encore regarder avec beaucoup de plaisir et pourrait même apparaître dans une collection de DVD de nombreux fans du genre, surtout que la version « Édition 40ème Anniversaire » propose le film remastérisé en haute définition. Pourquoi s’en priver ?

 

 

 

 

À propos de Olivier Demangeon

Rédacteur sur critiksmoviz.com, un blog dédié aux critiques de films.

Discussion

2 réflexions sur “HIGH PLAINS DRIFTER (1973) ★★★✮☆

  1. Très bonne idée que de conseiller cette nouvelle édition de ce classique. Voilà qui va me faire faire des frais !
    Westerns infernal, fantomatique, une mythologie fantastique qui emplit l’espace du genre, assez inédite jusqu’alors. Eastwood pousse tous les curseurs (ce qui ne lui vaudra pas que des amis, et un certain passif au moment du succès de « Dirty Harry »), et emprunte à ses deux maîtres Siegel et Leone, inscrits d’ailleurs sur les tombes du cimetière paraît-il. Evidemment, il vaut mieux privilégier la VO pour la révélation finale !
    Très bel article.

    Aimé par 1 personne

    Publié par princecranoir | 04/09/2022, 17 05 07 09079
    • Merci pour tes compliments, cela nous encourage à poursuivre nos partages.
      La photo en question n’est pas tirée du film, c’est un clin d’oeil à ses deux « mentors », certains disent qu’ainsi Clint Eastwood indique s’affranchir de ceux-ci. Possible que cela soit juste un plaisanterie. En effet, l’acteur-réalisateur jouera à nouveau sous la direction de Don Siegel en 1979 dans « L’Évadé d’Alcatraz » (Escape from Alcatraz).

      null

      J’aime

      Publié par Olivier Demangeon | 04/09/2022, 17 05 33 09339

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